28/02/2008

28/02/08 - 10:43

Sarkozy, les sectes, les religions : une vieille affaire

Antoine Vitkine réalisateur et écrivain, membre de la rédaction du Meilleur des mondes.
Liberation : lundi 25 février 2008

Par tempérament, sans doute, par stratégie, plus sûrement, Nicolas Sarkozy agit comme si rien ne devait résister au spectacle inlassablement mis en scène de son volontarisme et de son énergie. Peu de domaines sur lesquels il n’ait pas pris position, où il n’ait pas tempêté, rué dans les brancards. Etre partout, occuper tous les terrains, montrer aux Français que rien de ce qui les préoccupe ne lui est étranger, que la politique peut tout, autrement dit qu’il peut tout, voilà bien sa méthode. Si rien ne saurait lui échapper, pourquoi le sens de la vie, la mort, l’âme lui seraient-ils des terres interdites ?

Il serait pourtant erroné de penser que ses récentes déclarations, à Latran, à Riyad, et devant le Crif [Conseil représentatif des institutions juives de France, ndlr], les petites phrases distillées par son entourage, - en particulier les propos, pour le moins ambigus, de sa directrice de cabinet sur les sectes -, et la mise sur la sellette de la Miviludes [Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires] ne relèvent que de la stratégie et de la communication. Certes, pour un Président contesté et qui doit faire diversion, prendre position sur le terrain du religieux a au moins deux vertus : ces sujets créent de la polémique, le remettant ainsi au centre du jeu, et ils sont gratuits car l’au-delà est politiquement moins contraignant que l’ici-bas.

Penser cela serait grandement erroné parce que, sur ces sujets-là, Nicolas Sarkozy a le mérite de la constance, de l’ancienneté et de la conviction. Ce qui n’en est pas moins préoccupant.

«Au nom de quoi serait-il contraire à l’idéal républicain de se poser la question de la vie et de la mort ? Au nom de quoi ce sujet qui concerne chacun d’entre nous lorsqu’on va à l’enterrement d’un proche et qu’on se demande "pourquoi ?", au nom de quoi, ce sujet-là, on ne devrait pas en parler entre nous ? Ce sujet de la vie serait un sujet dont on parlerait dans toutes les familles, sauf là. On me dit il y a vie publique et vie privée. Pour moi, ce qui compte, ce n’est pas privé et public, c’est vie», proclamait ainsi Nicolas Sarkozy au cours d’un meeting de l’UMP, le 5 novembre 2004.

Il a détaillé ses convictions dans un livre, la République, les Religions, l’Espérance, paru en 2004, ouvrage qui s’insère dans une bibliographie dont les titres ont un étrange parfum d’encyclique ou de prêche ésotérique : Ensemble, Témoignage libre, Au bout de la passion : l’équilibre. Et s’il est vrai qu’un responsable politique écrit généralement la biographie d’hommes auxquels il voudrait secrètement qu’on le compare, alors le titre de son ouvrage sur Georges Mandel, le Moine de la politique, laisse songeur.

Dès les premières pages de la République, tout est dit : «Je considère que, toutes ces dernières années, on a surestimé l’importance des questions sociologiques, tandis que le fait religieux, la question spirituelle ont été très largement sous-estimées.»On remarquera, en outre, que cette phrase opère un étonnant rapprochement entre le fait religieux, phénomène social qui ressort de la sphère publique, et la question spirituelle, en principe exclusivement privée, elle.

Explication de texte, par l’auteur : «Le fait religieux est un élément primordial en ce qu’il inscrit la vie dans un processus qui ne s’arrête pas avec la mort. C’est pourquoi je n’ai pas une conception sectaire de la laïcité. Pas même la vision d’une laïcité indifférente. Je crois au besoin religieux pour la majorité des femmes et des hommes de notre siècle. La place de la religion dans la France de ce début de troisième millénaire est centrale.»

C’est à cette aune que l’on doit considérer ses critiques de la loi de 1905 ou, jadis, la création du CFCM (Conseil français du culte musulman) qui n’est, dans le fond, que la confusion volontaire entre croyants musulmans et personnes d’origine arabo-maghrébine.

Il faut évoquer la réception, en grande pompe, au ministère des Finances, il y a deux ans, de l’acteur Tom Cruise, dont personne n’ignorait alors qu’il était le porte-parole de la scientologie.

Il faut lire Sarkozy, toujours dans la République, les Religions, l’Espérance, lorsqu’il reconnaît «la légitimité de certaines des nouvelles religiosités», estimant que le mot secte «est parfois utilisé abusivement contre des mouvements spirituels nouveaux». Nouveau mouvement spirituel, ce qualificatif est précisément celui dont se réclame la scientologie, secte pourtant parmi les plus dangereuses, aux dires même des pouvoirs publics. Il est vrai, comme l’exprimera Nicolas Sarkozy, que les «sectaires» sont les autres, ceux qui ont fait de la laïcité une «laïcité de combat». Inquiétant dévoiement du sens des mots.

Le 21 juin 2005, selon l’AFP, alors ministre de l’Intérieur, il déclarait au cours d’une réunion publique : «On m’a soupçonné de vouloir instrumentaliser les Eglises. Je n’ai fait que constater que, lorsqu’il y a un prêtre ou un pasteur, dans un village ou un quartier, pour s’occuper des jeunes, il y a moins de laisser-aller, de désespérance, et finalement moins de délinquance. Aujourd’hui, nos quartiers sont devenus des déserts spirituels ! […] En quoi le fait d’espérer serait-il un danger pour la République ? […] Les religions sont un plus pour la République.» La récente petite phrase sur le curé et l’instituteur n’est pas un dérapage, ni une manœuvre sans lendemain d’un Président en difficulté : elle vient de loin.

Face à cela, les vieux réflexes anticléricaux sont d’un faible secours : Nicolas Sarkozy a moins d’appétence pour le clergé ou le catholicisme que pour la foi, la croyance sous toutes ses formes. Outre les menaces qui pèsent sur la laïcité à la française ainsi que sur les dispositifs de lutte contre les sectes, les fortes et anciennes convictions de Nicolas Sarkozy représentent un dangereux abaissement du débat politique, réduit à des opinions qui n’engagent à rien, à des invocations pieuses, à des promesses de lendemains qui chantent ou de surlendemains éternels.

On ne peut également s’empêcher de penser que la croyance et l’espérance, dont Nicolas Sarkozy parle avec constance, sont précisément les sentiments qu’il voudrait inspirer aux Français. «Pas de pouvoir sans croyance», disait Paul Valéry. L’exposition sans retenue de ses interrogations métaphysiques procède aussi de cette logique-là.

Qu’importent la réalité et ses contraintes, qu’importent les vicissitudes de l’action politique quand il suffit de croire. A cette logique, à laquelle les Américains sont habitués depuis longtemps, Nicolas Sarkozy voudrait accoutumer les Français.

Dans le fond, cela renvoie à ce formidable défi auquel notre société postmoderne, tout comme la société américaine, est confrontée ; comment avancer dans un siècle désenchanté, post-idéologique, où l’idée du progrès n’opère plus sans se briser contre deux écueils : celui d’un matérialisme à outrance, représenté par un consumérisme bling-bling, et celui de la tentation magique, incarnée par le repli religieux ? Ces maux jumeaux, qui se nourrissent l’un l’autre par un phénomène de compensation, se trouvent incarnés dans certains nombres de discours, d’attitudes et de pratiques du président de la République.

Cela est inquiétant, plus qu’une hypothétique «dérive monarchique».

26/02/2008

26/02/08 - 20:51

La Gaule de bois

"Le problème des phénomènes déprimants, c'est qu'ils peuvent finir par déboucher sur d'autres, plus déprimants encore. Je pense à l'affligeant paradoxe du moment : la relative prospérité en salles de l'impayable daube de ce nouveau siècle, le récent «Astérix aux jeux Olympiques».

Je ne reviens pas sur le film lui-même. Quoi que je puisse écrire de navré sur ce pensum, ce sera sans doute encore peu par rapport à ce que vous en pensez vous-même. Par ailleurs, l'affluence en salles peut s'expliquer de bien des façons extérieures à l'ouvrage lui-même. Songez au matraquage promotionnel que l'on a subi depuis trois mois, et qui a été mené avec la délicatesse d'un régiment chilien sous Pinochet. Passons sur les 1 250 plateaux de télé complaisants qui ont réussi à faire semblant de rire à la promo en boucle d'acteurs fatigués, la plupart de ces chaînes étaient coproductrices du film. Et notons juste ce chiffre faramineux de 22 millions d'euros de budget prévus pour la seule publicité de ce nanar. On sent que la production avait une grande confiance dans les qualités intrinsèques de son produit. D'un autre côté, cette promo elle-même aurait pu alerter. Vous avez vu sur quels axes elle a été faite ? Premièrement, on nous a vendu ce suspense insoutenable : «C'est-le-film le-plus-cher-de-l'histoire-du-cinéma-français, les spectateurs seront-ils assez nombreux pour que la production rentre dans ses frais ?» C'est sympa de nous prévenir. Avec Astérix, on n'achète plus un bon moment au cinoche, on bosse au retour sur investissement de Pathé (parle-t-on du Pathéthon ?), ça fait envie.

L'autre axe était mieux encore. Le metteur en scène Thomas Langmann l'a expliqué candidement dans toutes ses interviews : je ne pouvais pas faire un film qui ait trop de références françaises, comme celui d'Alain Chabat, parce que ce comique n'aurait pas été compris par les autres pays dans lesquels il a été lancé. De ce point de vue, notez, on peut le rassurer, son objectif est parfaitement atteint : le film est nul. C'est une valeur traduisible dans toutes les langues.

Le public a une autre excuse pour s'être rué sur ce désastre annoncé : toute la critique absolument unanime l'a assassiné et parfois assez drôlement d'ailleurs; je crois que c'est «la Marseillaise» qui a titré «Navet César», c'était excellent, j'en étais presque jaloux. Je ne plaisante pas. On connaît la chanson, on l'entend depuis des années : il suffit que la critique soutienne un film pour qu'il se casse la figure, c'est le drame du divorce du peuple et des élites, et patai et patata. Que voulez-vous ? Les gens ne croient plus que le fameux bouche-à-oreille. Le problème, c'est que celui-là a été encore plus ravageur. Allez voir les blogs, forums, chats qui parlent du film (« la honte du cinéma », «la daube du siècle») . Je n'en ai pas vu qui s'appelait «la Gaule de bois», mais c'est dommage, c'était l'idée.

Et pourtant, disais-je, que s'est-il passé ? Les gens sont allés, et continuent à aller en masse le voir. Sera-ce au-delà des prévisions, ou en deçà, passera-t-on les 10 millions ouïes 12 ? Je n'en sais rien. Je sais qu'au-delà de quatre spectateurs (les réalisateurs du film et leur mère) , ça m'aurait déjà semblé beaucoup. Et je n arrive à comprendre ce phénomène étonnant qu'en supputant cette bizarre impulsion nouvelle : les gens se ruent sur le film pour vérifier qu'il est aussi mauvais qu'on le dit. Je ne critique pas cette volonté, c'est la mode du moment. Voyez les cartons que font les bouquins sur Sarkozy. Hier encore on pensait que les gens les lisaient parce qu'ils étaient fascinés par le personnage. Au vu des sondages, on sait maintenant qu'ils les lisent pour comprendre à quel point ils le trouvent pathétique. Mais ce qui me fait peur dans ce mouvement, c'est ce qu'il nous annonce pour le cinéma à venir. Vous allez voir, dès le prochain navet surbudgetisé qu'on va nous sortir, les promoteurs du film ne vont plus se fouler à l'ancienne en essayant de faire croire qu'ils ont produit un pur chef d'oeuvre du rire dans l'ambiance familiale d'une grande aventure. Ils vont dire la vérité : le scénario est minable, les acteurs étaient à la ramasse, le metteur en scène est un caractériel, et le producteur, un radin qui ne pense qu'à son fric. Et le public, intrigué, charmé, se dira : un film encore plus mauvais qu'«Astérix» C'est tentant ! "


François Reynaert

Un texte comme d'habitude excellent de ce journaliste du Nouvel Obs.

26/02/08 - 15:41

Captation du Requiem Vauban aux Invalides

Un exemple de captation / réalisation dont je me suis occupé l'an passé (dans un cadre associatif / bénévole "Musique & Toile")





Création le 29 mars 2007 à Saint-Louis des Invalides (Paris) du Requiem Vauban (SANCTUS), commande de l'Association Vauban (www.vauban.asso.fr) pour les célébrations du Tricentenaire de la mort de Vauban (1707-2007). Compositeur : Enguerrand-Friedrich LÜHL. Orchestre : Ellipses, sous la direction de Philippe Barbey-Lallia. Choeur : Choeur en Seine. Production : Musique et Toile (Philippe Dupouy).